De 1868 à 1887

Né le 1er juillet 1867 , le Dominion du Canada est gouverné par le Parti conservateur du très honorable John A. Macdonald qui restera au pouvoir jusqu’en 1873 alors qu’il est remplacé par le gouvernement libéral de l’honorable Alexander Mackenzie de 1873 à 1878. Les conservateurs de John A. Macdonald sont ramenés au pouvoir en 1878 et le resteront jusqu’en 1891.

 

 

Sur la scène nationale

En 1867, le Dominion compte alors quatre provinces : l’Ontario, le Québec, la Nouvelle-Ecosse et le Nouveau-Brunswick. Le Manitoba entre dans la Confédération en 1870, la Colombie-Britannique en 1871 et l’Ile-du-Prince-Edouard en 1873.

Le Dominion s’étend donc maintenant d’un océan à l’autre à défaut des prairies qui sont encore la propriété de la Compagnie de la baie d’Hudson. Mais en 1868, craignant que les États-Unis acquièrent les prairies, le Canada achète les territoires de l’Ouest, la Terre de Rupert.

En 1875, une nouvelle loi fédérale, l’Acte des Territoires du Nord-Ouest, crée une assemblée partiellement élue, le Conseil des Territoires du Nord-Ouest. M. David Laird est nommé lieutenant-gouverneur avec résidence à Battleford. À compter du 3 décembre 1881, le lieutenant-gouverneur des Territoires est Edgar Dewdney.

L’année suivante, les Territoires sont scindés en quatre districts, à savoir ceux d’Assiniboia, d’Athabasca, de Saskatchewan et d’Alberta. Ce dernier district sera nommé en l’honneur de la princesse Louise Caroline Alberta, quatrième fille de la reine Victoria et épouse du Marquis de Lorne, gouverneur général du Canada de 1878 à 1883.

La circonscription électorale d’Edmonton est établie le 22 janvier 1883; à l’élection du 29 mars 1883, le premier député élu est Frank Oliver. A cause de l’étendue et du nombre d’habitants, cette circonscription est divisée en deux le 4 août 1885 ce qui permet l’élection d’un deuxième représentant pour la nouvelle circonscription de Saint-Albert.

Le 15 septembre 1885, un remaniement des districts électoraux fait précédemment a pour résultat la nomination de douze nouveaux conseillers formant, pour les Territoires, une espèce de chambre dont l’un des premiers soins est de censurer le gouvernement fédéral pour sa négligence à donner droit aux demandes des Métis.

 

Le statut de la langue française

En 1867, l’AANB rétablit le statut de la langue française bien qu’il y ait encore quelques ambiguïtés. L’article 133 stipule que le français ou l’anglais peuvent être utilisés au cours des débats parlementaires, et que les registres et les procès-verbaux du Parlement canadien et de la législature du Québec doivent être tenus dans les deux langues. Les lois doivent également être publiées dans les deux langues. L’une ou l’autre langue pourra être utilisée devant tous les tribunaux du Canada et du Québec.

Le Rupert’s Land Act, cependant, ne contient aucune provision ayant trait au bilinguisme pour les nouveaux territoires canadiens. L’Acte des Territoires du Nord-Ouest de 1875 n’accorde pas non plus de protection au français et les trois conseillers nommés par le gouvernement fédérai sont unilingues anglais.

Toutefois, en plus de permettre à la majorité de tout district d’établir l’école qu’elle juge à propos, l’article 11 de l’acte de 1875 permet aux contribuables minoritaires du même district, qu’ils soient protestants ou catholiques, d’établir des écoles séparées et de n’être obligés à maintenir que celles-ci.

En 1877, l’Acte des Territoires du Nord-Ouest est amendé de manière à ce que son article 11 (qui deviendra l’article 110 dans la version de 1886 de la loi des Territoires du Nord-Ouest) reflète la teneure de l’article 133 de la Constitution canadienne.

En 1884, l’ordonnance no. 5, s.14 établit un Conseil de l’Instruction publique divisé en deux comités, l’un catholique, l’autre protestant, avec droit de surveillance et de direction de ses propres écoles. De plus, un district scolaire séparé peut être établi à part d’un ou de plusieurs districts scolaires publics adjacents. Une seule restriction : pas plus d’une heure d’enseignement religieux par jour, à la fin de la journée.

La loi de 1875 et celles de 1877 et de 1884 constituent la base des droits des catholiques français des Territoires du Nord-Ouest avant 1905.

 

Les Métis

Le conflit éclate le 28 octobre 1869 lorsque Riel veut négocier les termes de l’adhésion des Territoires au Canada. Louis Riel et un conseil mixte réunissant 24 colons de la Rivière Rouge, ont dressé une liste des droits relatifs au gouvernement des Territoires du Nord-Ouest. Des 14 droits réclamés, trois traitent de la langue.

Les négociations reprennent en 1870 avec Riel qui veut que les territoires accèdent au statut de province. Un compromis est mis de l’avant : on crée le Manitoba.

Mais les problèmes vont en augmentant. À compter de 1878, les vagues d’immigration font en sorte que les Métis craignent de plus en plus pour leurs terres. Bien qu’en mars 1885 le gouvernement fasse mine de répondre aux demandes des Métis, c’est trop peu et trop tard. La rébellion est déjà en marche. Le 18 mai, Louis Riel est arrêté. En mai, les rebelles se rendent. Condamné à mort, Louis Riel va en appel mais sa demande est refusée. Il sera pendu le 16 novembre 1885 à Régina.

 

Les chemins de fer

La construction des chemins de fer va intensifier le développement économique et le processus de la révolution industrielle. La première voie ferrée au Canada est inaugurée dès 1836. Poussée par le besoin d’établir des échanges économiques, la construction des tronçons se multiplie par la suite de manière à ce qu’il existe déjà un réseau important de chemins de fer à la veille de la Confédération.

L’année 1875 marque le début de la construction du chemin de fer transcontinental. Cette voie ferrée est d’une importance capitale pour le Canada et particulièrement pour l’Ouest. Sans vouloir multiplier les exemples, rappelons l’engagement que prend le gouvernement canadien auprès de la Colombie-Britannique de construire, dans les dix ans, un chemin de fer pour la relier au centre du pays. Le dernier crampon est posé le 7 novembre 1885.

 

Signes de progrès et d’expansion

En 1871, dans le but d’augmenter le peuplement dans l’Ouest, le gouvernement fédéral divise le territoire en terres de 160 acres, chacune pouvant être achetée au coût de 10 $ par des hommes âgés de 21 ans ou plus. Quinze ans plus tard, en 1886, un recensement donne 15 000 habitants non autochtones à l’Assiniboia, 5 000 à l’Alberta et 8 000 à la Saskatchewan. La même année, pas moins de 31 nouvelles écoles sont ouvertes dans les territoires formant avec celles déjà existantes un total de 90 soit 76 protestantes et 14 catholiques.

La côte du Pacifique est reliée à celle de l’Atlantique par une ligne de télé- graphe le 24 janvier 1885. Par le fait même d’importantes parties du Manitoba et des Territoires du Nord-Ouest se trouvent dotées des mêmes avantages. Le téléphone, invention toute récente, est même installé au cours de cette année entre Edmonton et Saint-Albert.

 

La gendarmerie à cheval du Nord-Ouest

Le 27 mars 1883, Dewdney transportait le siège de son gouvernement à Régina. La ville devient aussi les quartiers généraux de la police montée. La gendarmerie à cheval du Nord-Ouest (North-West Mounted Police), un corps de gendarmerie connu sous le nom de police à cheval, avait été fondée en 1873.

Le premier contingent de la Gendarmerie à cheval du Nord-Ouest arrive au fort Edmonton en octobre 1874. Au printemps, on choisit un site au fort Saskatchewan. La gendarmerie revient à Edmonton en 1915 (certaines sources disent 1909).

 

L’Église

En 1871, Rome crée la province ecclésiastique de Saint-Boniface. Le 22 septembre 1871, Saint-Boniface devient un siège métropolitain avec trois suffragants : l’évêque (Grandin) du diocèse de Saint-Albert que la même autorité créait en même temps ainsi que les vicaires apostoliques de l’Athabasca-Mackenzie et de la Colombie-Britannique.

Quelques années auparavant, les Oblats avaient aussi précisé les frontières de leur territoire en établissant la province oblate de la Saskatchewan avec Mgr Grandin comme premier vicaire apostolique. Le nouveau vicariat inclut sept missions et quatorze oblats.

Saint-Albert devient le premier siège episcopal de l’Église catholique en Alberta créé à Saint-Albert le 22 septembre 1871. Mgr Grandin en est le premier évêque. Le nouveau diocèse comprend la Saskatchewan, l’Alberta et le territoire du Nord-Ouest. Mgr Grandin prend officiellement possession de son siège le 7 avril 1872 et inaugure la seconde cathédrale.

En 1883, Mgr Grandin obtient les services de quelques religieuses de la congrégation des Fidèles compagnes de Jésus pour les écoles de Prince-Albert et de Saint-Laurent-de-Grandin près de Batoche en Saskatchewan. Mais les conditions n’étant pas très favorables particulièrement pendant l’insurrection des Métis, les religieuses déménagent à Calgary.

 

Edmonton

Au fort Edmonton, en 1872, Richard Hardisty remplace William Christie au poste de facteur en chef. Mais la vie des habitants déborde au-delà de l’enceinte du fort. La Mission de McDougall est construite à l’extérieur du fort depuis un an déjà. Le premier bureau de poste ouvre à Edmonton en 1874. En 1876, l’hôtel de Donald Ross est aussi érigé à l’extérieur du fort.

La même année, le gouverneur de l’honorable Compagnie de la baie d’Hudson demande à Mgr Grandin de sortir la chapelle et la résidence du missionnaire de Saint-Joachim de l’intérieur du fort Edmonton. Le père Lacombe veut prendre une terre pour la mission dans le voisinage d’Edmonton mais on y met opposition. Il faut alors transporter l’église à un demi-mille des habitations. Malcolm Groat qui occupe un large territoire situé juste à l’extérieur de la réserve
de la baie d’Hudson, va gracieusement offrir une partie de son terrain à Mgr Grandin. Le site est près de l’intersection de ce qui est maintenant la 109e avenue et la 121e rue. Le 14 janvier 1877, la nouvelle église de Saint-Joachim d’Edmonton est bénie par le père Henri Grandin.

Sur le même terrain que la nouvelle église de Saint-Joachim, il y a une cabane louée à un jeune aventurier américain qui y ouvre un magasin. Il s’agit de Frank Oliver qui publie aussi un hebdomadaire. Il deviendra le propriétaire et l’éditeur de The Edmonton Bulletin lancé en 1880. Il sera aussi ministre de l’Intérieur dans le gouvernement fédéral de Wilfrid Laurier.

À Edmonton en 1882, la Compagnie de la baie d’Hudson fait arpenter une partie de son immense réserve et met les lots sur le marché. Il s’agit de la partie située au sud de l’avenue Jasper jusqu’à la rivière. La partie située au nord de l’avenue Jasper ne sera subdivisée et vendue qu’en 1912.

Le premier plan d’Edmonton est levé à l’automne de 1882. De nombreux propriétaires francophones sont déjà établis à l’extérieur du fort. Il y a, entre autres, Joseph Hébert, G. Gagnon, C. Ouellette, P. Ouellette, Joseph Pétrie, Octave Bellerose et le Métis francophone Laurence Garneau qui possède le terrain appelé aujourd’hui le district Garneau, près de l’université.

En 1883, Mgr Grandin fait l’acquisition de tout un bloc de terrain à proximité du fort. Il veut y déménager l’église Saint-Joachim. Le jour de la fête de Saint-Joachim en 1886, le père Jean-Marie Lestanc, administrateur du diocèse, bénit la nouvelle église de Saint-Joachim située maintenant entre la 110e et 111e rue et la 99e et 100e avenue (Avenue Victoria).

En juin 1886, on embauche M. Saint-Cyr pour enseigner la jeunesse catholique d’Edmonton. En 1888, Mgr Grandin réussit à obtenir les services de quelques religieuses de la communauté des Fidèles Compagnes de Jésus.

 

Saint-Albert

À Saint-Albert, l’Église marque des progrès importants. Par exemple en 1868, une partie de l’édifice des Soeurs grises de Saint-Albert est aménagée pour accueillir les vieillards. C’est le premier hospice en Alberta. En 1879, on construit une nouvelle résidence de trois étages pour l’évêque, les missionnaires, les frères et les aspirants au sacerdoce. De janvier à mai 1882, on prépare le bois pour la construction d’un grand couvent et d’un hôpital pour les Soeurs grises. L’édifice est terminé en septembre 1887.

Les progrès ne se limitent pas au domaine religieux. Le 4 juillet 1880, Mgr Grandin revient d’Edmonton avec la permission d’ouvrir un bureau de poste dans sa résidence. En novembre 1885, on installe un téléphone dans l’évêché.

Mais on subit aussi quelques revers. En 1874, une inondation emporte le pont du père Lacombe sur la rivière Esturgeon. La mission de Saint-Albert reconstruit le pont à ses frais. Le gouvernement achètera le pont de Saint-Albert pour 300 $ en 1886.

 

Calgary

La première maison chapelle est construite en 1873 sur la Rivière Elbow à 21 milles de Calgary.

A l’automne de 1875, le gouvernement fédéral, désirant protéger les colons qui se dirigent vers l’Ouest, érige un fort militaire sur la rivière à l’Arc. Le fort est sous le commandement du capitaine Brisebois. La caserne du poste est bâtie à l’endroit exact où l’on croit que le fort La Jonquière a été élevé en 1751 (certaines sources disent 1754). L’année suivante, le colonel McLeod change le nom à celui de Calgary déjà porté par un château appartenant à sa famille et qu’on dit signifier eau claire.

Les Oblats déménagent alors la mission dans le voisinage immédiat du fort. L’église est encore là en 1927.

Le Calgary Herald, Mining and Ranch Advocate and General Advertiser, le premier journal de Calgary, est fondé en 1883. La même année, le chemin de fer du Canadien Pacifique arrive à Calgary. Le Canadian Pacifie Railway traverse l’Alberta, au Sud, favorisant le développement de la région. Dû au climat aride, c’est l’in- dustrie des ranchs qui sera développée. Ainsi, Calgary dépassera Edmonton quant au développement jusqu’à la fin du XIXe siècle.

 

Ailleurs

De 1872 à 1879, le père LeGoff visite Cold Lake une ou deux fois par année. Le traité de 1876
établit la réserve de LeGoff. En 1882, le père Laurent LeGoff cons-truit une maison-chapelle à
Cold Lake. Il est le premier Blanc à vivre dans la région.

Encore jeune missionnaire à la mission du Lac-la-Biche, Mgr Grouard rapporte de France une petite presse d’imprimerie et des caractères montagnais qui vont servir à imprimer des catéchismes, des livres de prières et de cantiques en montagnais et en cri.

En 1875, MM. Joseph et Francis Lamoureux, Baptiste Beaupré et James Reid s’établissent sur la rive nord de la rivière Saskatchewan du Nord, juste en face de la ville actuelle de Fort Saskatchewan qui n’existe pas encore. Ils se choisissent de longues bandes de terre aboutées à la rivière. Joseph Lamoureux va alors chercher sa famille au Québec.

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