De 1892 à 1904
La période allant de 1892 à 1904 est remplie de grandes découvertes, dé nouveautés et de progrès importants dans de nombreux domaines. Dû à la ruée vers l’or, le Yukon se détache des Territoires du Nord-Ouest et devient territoire distinct en 1898. Le Canadian Northern Railway est fondé en 1899. Et le 12 décembre 1901, à Cornouailles en Grande-Bretagne, Guglielmo Marconi transmet un premier signal TSF à Terre-Neuve. C’est le début de la radiodiffusion.
Sur la scène national
Pendant la période allant de 1892 à 1904 plusieurs politiciens se succèdent comme premier ministre : Sir John Sparrow David Thompson (de 1892 à 1894), l’honorable Sir Mackenzie Bowell (de 1894 à 1896) et le très honorable Sir Charles Tupper (de 1896 à juillet 1896). Le gouvernement libéral de Sir Wilfrid Laurier prend le pouvoir en juillet 1896.
Les Territoires du Nord-Ouest
Qui sont les figures politiques dans les Territoires pendant la période allant de 1892 à 1904? M. Charles-H. Macintosh qui arrive à Régina le 11 novembre 1893 remplace le gouverneur Royal. Macintosh est lui-même remplacé par M. Malcom C. Cameron en juin 1898. Décédé peu après sa nomination, Cameron est remplacé par Amédée-Emmanuel Forget en 1898.
Dans la circonscription de Saint-Albert, le député francophone, Antonio Prince, est défait par Dan Maloney aux élections d’octobre 1894. Aux élections de 1898, Frédéric Villeneuve, l’avocat-rédacteur en chef d’Edmonton, remporte la victoire sur Maloney. Frédéric Villeneuve sera lui-même remplacé par L.-J.-A. Lambert en mai 1902 (L.-J.-A. Lambert est le grand-père de Marcel Lambert, député d’Edmonton-Ouest à Ottawa à compter de 1957).
Le 1er avril 1899 les élections générales qui ont lieu dans les Territoires favorisent M. Haultain. Ce dernier ne tardera pas à agir.
Depuis l’acte amendé des Territoires du Nord-Ouest de 1891, l’assemblée législative des Territoires a le droit de réglementer ses travaux comme elle l’entend. Lors de la session de 1892, Haultain présente la motion suivante: « that it is desirable that the proceedings of the Legislative assembly shall be recorded and published hereafter in the English language only. »
Antonio Prince, le député de Saint-Albert, présente un amendement mais il est défait par vingt voix contre quatre et la motion de Haultain est acceptée. La nouvelle résolution n’étant pas proclamée par le lieutenant-gouverneur, elle n’a aucun effet dans la loi bien que dans les faits, le statut du français s’étiole après 1892.
L’éducation
L’effet de la résolution Haultain se fait sentir dans le domaine de l’éducation. L’ordonnance no 22 s. 83 de 1892 fait de l’anglais la langue obligatoire de l’en- seignement. Une modification apportée en 1896 et encore en 1901 permet l’utilisation du français dans les classes primaires lorsque les élèves ne comprennent pas l’anglais. Au fil des années, jusqu’en 1968, les différentes lois scolaires reprennent essentiellement les termes de cette modification.
L’ordonnance de 1892 remplace aussi le conseil de l’Education et ses sections protestante et catholique par un conseil de l’Instruction publique. On exige aussi l’uniformité dans la formation des maîtres, dans l’inspection, dans les manuels scolaires et dans les standards d’examen.
En 1901, on adopte une nouvelle ordonnance scolaire selon laquelle toutes les écoles relèvent d’un commissaire de l’Éducation assisté d’un conseil de l’Education composé de cinq personnes dont au moins deux catholiques.
Dans le but de protéger adéquatement les droits de la communauté catholique et francophone, la communauté francophone d’Edmonton trouve important de réaffirmer sa position au sein de la Commission des écoles séparées. J.H. Gariépy est élu commissaire des écoles séparées en 1898. J.H. Picard est élu l’année suivante, poste qu’il occupe jusqu’en 1912-13. Emile Tessier remplit le poste de secrétaire de la Commission des écoles séparées jusqu’en 1913.
En 1894, la population catholique de Strathcona obtient le droit de former le Catholic School District No. 12. En 1912, le District No. 12 fusionne avec le District d’Edmonton-Nord formé en 1911. Cette union des districts est le résultat de la plus grande fusion des villes de Strathcona et d’Edmonton.
Mais en 1913, le District de l’école séparée d’Edmonton-Nord est lui-même absorbé par les autres districts d’écoles séparées qui sont réunis pour former la Commission des écoles catholiques d’Edmonton. Picard est le premier président de cette commission scolaire amalgamée et en occupe le poste pendant neuf de ses douze années de service.
Edmonton
Arrivé à Edmonton le 14 juillet 1887, J.H. Picard est élu pour la première fois au Conseil municipal d’Edmonton en 1893. Il y restera jusqu’en 1917 à l’exception d’une brève période en 1899. En 1892, Edmonton est incorporé et devient le Town of Edmonton. Cette année-là, Edmonton compte 700 habitants. En 1898, le Anderson’s Directory fixe la population d’Edmonton à 2 750. Edmonton est incorporé comme cité en 1904.
En 1892, grâce à Alex Taylor, le village possède déjà le téléphone. Il y a même une ligne téléphonique entre Edmonton et Saint-Albert et entre Saint-Albert et Morinville. Edmonton possède aussi le télégraphe et l’électricité. Il y a une brigade de pompiers dont l’ingénieur est Cléophas Turgeon. Il s’occupe aussi de la toute nouvelle force policière.
Le premier pont d’Edmonton, le Low Level Bridge, est ouvert le 4 avril 1900. Deux ans plus tard, le Edmonton Yukon and Pacific Railway traverse le pont reliant Edmonton au chemin de fer pour la première fois.
En 1903, alors que la première édition du Edmonton Journal est imprimée, l’assemblée législative de l’Alberta vote la création d’une université, projet qui ne se réalise que quelques années plus tard.
Le 1er septembre 1905, la jeune ville devient la capitale de la nouvelle province de l’Alberta.
L’Église
Mgr Tâché de Saint-Boniface est décédé le 22 juin 1894. Mgr Langevin lui succède. Le 29 mars 1897, Mgr Grandin alors âgé de 68 ans, choisit Mgr Emile Legal comme coadjuteur avec droit de succession. Mgr Grandin meurt en 1902. Mgr Legal lui succède et devient le deuxième évêque du diocèse de Saint-Albert.
En 1901, le grand vicariat apostolique d’Athabasca-Mackenzie est divisé en deux. Mgr Gabriel Breynat hérite de la partie nord, soit le diocèse de Mackenzie-Fort Smith et Mgr Grouard hérite de la partie sud, soit l’archidiocèse de Grouard-McLennan. Au début, Mgr Grouard réside à fort Chipeweyan mais en 1902, il transfère le siège de son vicariat à Lesser Slave Lake Post dont on change le nom en 1909 pour celui de Grouard. Le siège episcopal demeure à Grouard jusqu’en 1943 alors que Mgr Langlois décide de le déménager à McLennan où il
constuit son évêché et sa cathédrale.
Trois pères basiliens, un frère et quatre Sisters of Mary arrivent à Edmonton en 1902. C’est le résultat de plusieurs démarches faites par Mgr Legal et le père Lacombe dans le but de répondre aux besoins spirituels des nouveaux arrivés en provenance de la Galicie, une province ukrainienne de l’empire autrichien.
En 1897, le père Lacombe se retire à son « hermitage » à Pincher Creek en Alberta. Deux ans plus tard, il célèbre son Jubilé d’or. Mgr Langevin archevêque de Saint-Boniface et Mgr Augustin Dontenville évêque de New-Westminster, se sont rendus à Edmonton pour la célébration.
Par la même occasion on bénit la pierre angulaire de la quatrième église de Saint-Joachim. La quatrième église de Saint-Joachim est bénie et ouverte au culte en 1899. L’église sera complétée petit à petit dans les années qui suivent par les pères Leduc, Jan, Hétu et Naessens.
Un recensement de la population catholique de la paroisse Saint-Joachim préparé par le père Lemarchand indique qu’il y a, en octobre 1896, 360 catholiques répartis entre sept nationalités, réductibles à cinq langues : le cri, le français, l’anglais, l’allemand, le polonais. En 1903, la population catholique de Saint-Joachim est de 781 âmes établies sur un territoire qui couvre toute la ville et s’étend bien loin dans la campagne.
Au temps où le père Lacombe est à Edmonton (1894-95), la maison-chapelle de Saint-Antoine est bâtie dans la petite ville de Strathcona qui a commencé à se développer rapidement depuis la construction du chemin de fer. Cela marque le début de la paroisse Saint-Antoine. La nouvelle église va aussi servir d’école dans ses débuts.
En 1904, douze prêtres de Tinchebray en Normandie viennent en Alberta. Les Pères de Sainte-Marie de Tinchebray attirent une centaine de colons français et canadiens-français à leurs deux établissements : Tinchebray et Notre-Dame de Savoie, au nord de Stettler. En 1910, ces religieux déménagent à Red Deer jusqu’en 1924 alors qu’ils quittent la province.
Diverses congrégations de religieuses vont aussi contribuer au développement des communautés notamment dans le domaine de l’éducation et de la santé.
En 1894, les Soeurs grises consentent à ouvrir un hôpital à Edmonton. C’est le début de l’Hôpital général construit au coin de la 111e rue et de l’avenue Victoria. La construction commencée pendant l’hiver de 1894-95 est terminée en décembre 1895.
À Edmonton, en 1896, la mère générale des Fidèles compagnes de Jésus consent à la construction d’un nouveau couvent. Mgr Grandin bénit l’édifice le 1er décembre. Suite aux démarches faites par le père Leduc, les Soeurs de la Miséricorde arrivent à Saint-Albert en 1898. En 1900, quatre Soeurs de la Miséricorde viennent s’installer à Edmonton, au coin de la 111e rue et de la 99e avenue. Les religieuses établissent les fondations de l’Hôpital de la Miséricorde au début du mois de mars 1905.
Le 10 décembre 1899, quatre Soeurs de la Providence arrivent à Blackfoot Crossing dans le sud de l’Alberta. Elles ont fait le voyage depuis Montréal et sont accompagnées de Mgr Legal. En 1902, les filles de Jésus, nouvellement arrivées de France, prennent le service domestique de l’évêché et en moins de deux ans, elles ouvrent deux pensionnats, l’un à Pincher Creek et l’autre à Morinville. Elles oeuvrent aussi à la mission du Lac-la-Biche, à Beaumont, à Plamondon, à Calgary, à Vimy, à Picardville etc.
Les associations francophones de l’Alberta
D’après L’Ouest canadien du 10 février 1898, la colonie canadienne-française de l’Alberta compte alors 530 familles soit 2 256 personnes vivant dans neuf districts : Edmonton, Saint-Albert, Morinville, Fort Saskatchewan, Saint-Pierre, Beaumont, Stony Plain, Rivière-qui-Barre et Vegreville.
Fondée à Montréal en 1834 par Ludger Duvernay, la Société Saint-Jean Baptiste se propose de resserrer les liens entre la masse et l’élite canadiennes-françaises. Calquée sur le modèle de l’Est, la Société Saint-Jean-Baptiste d’Edmonton est née le 8 avril 1894 et son premier président est Georges Roy, un paroissien de Saint-Joachim.
Au fil des ans, la Société Saint-Jean-Baptiste joue un rôle politique important. Par exemple, en 1898, plus de 800 francophones se réunissent à Morinville lors de la célébration annuelle de la Saint-Jean-Baptiste. Ils acceptent alors une charte de la survivance exposant dans ses grandes lignes la marche à suivre pour préserver la nationalité canadienne-française dans l’Ouest. On cherche les moyens de renverser la décision prise par l’Assemblée législative des territoires en 1892.
La presse francophone
L’époque allant de 1892 à 1904 est marquée par la naissance de la presse francophone. Le journal hebdomadaire de langue française L‘Ouest canadien voit le jour le 3 février 1898. Publié sous les auspices de la Société de la colonisation d’Edmonton, Frédéric Villeneuve en est le rédacteur. L’édition du 22 février 1900 est la dernière. La province restera sans journal francophone jusqu’en 1905.
Beaumont
D’autres communauté s francophones se développent aussi à l’extérieur d’Edmonton. En 1892, les premiers colons arrivent à Beaumont. En 1893, la colonie compte déjà une bonne vingtaine de familles canadiennes-françaises groupées dans la région connue alors sous le nom de Sandy Lake. Les familles viennent presque toutes du Minnesota.
La première petite église n’est qu’une cabane faite en troncs d’arbres avec une simple petite croix de bois sur le toit. En 1894, Mgr Grandin demande au père Lacombe de choisir le site de l’église de Beaumont et d’en marquer l’emplacement. L’abbé Louis Poitras est chargé de desservir la paroisse Saint-Vital. L’église est achevée au printemps de 1895.
En 1895, la colonie prend le nom de Beaumont. Le premier bureau de poste y est ouvert et M. Gagnon en est le premier maître de poste.
Saint-Albert
A Saint-Albert, le village se développe de plus en plus. En 1904, le village est incorporé et les habitants élisent leur premier conseil municipal.
L’église continue aussi son travail. En 1900, on commence les fondations d’une troisième cathédrale (l’église actuelle) à Saint-Albert. La pierre angulaire est bénie par Mgr Falconio, délégué apostolique.
Saint-Paul-des-Métis
Dès 1895, le père Lacombe âgé de 69 ans rêve d’établir une colonie prospère à Saint-Paul-des-Métis. Il obtient du gouvernement fédéral une réserve de 144 milles carrés. Saint-Paul sera une colonie de 1896 à 1909. Le père Lacombe a choisi le nom Saint-Paul en partie en souvenir de l’établissement de Saint-Paui-des-Cris fondé en 1865.
En juillet 1896, le père Adéodat Therien arrive pour prendre charge de l’oeuvre. La première église catholique est construite à Saint-Paul-des-Métis en 1904. En 1897, la première école y est construite. Suite à leur arrivée en 1899, les Soeurs de l’Assomption en prennent la responsabilité. Mais le 5 janvier 1905, un incendie anéantit l’édifice en quelques heures.
Villeneuve
La fondation du village de Villeneuve situé à quelques milles à l’est de Saint-Albert remonte à 1899. En 1905, lorsque la paroisse de Saint-Pierre près d’Edmonton doit choisir un nom pour son bureau de poste, on adopte le nom de Villeneuve en honneur du député de Saint-Albert, Frédéric Villeneuve, l’avocat-rédacteur en chef du premier journal francophone.
Legal
En 1894, deux Français établis en Californie, MM. Théodore Gelot et Eugène Ménard, sont attirés à la région de Legal par la publicité de l’abbé Jean-Baptiste Morin. En 1900, il y une trentaine de familles à Legal et Mgr Grandin y fonde une nouvelle paroisse à laquelle il donnera son nom.
La première messe dans la région est célébrée par l’abbé Morin le 29 octobre 1898. Dès 1904, un village comprenant magasins, forge, hôtel et téléphone se forme autour de l’église et de 1903 à 1906, quatre districts scolaires sont établis.
Le théâtre et la musique
En 1904, le Edmonton Amateur Operatic and Dramatic Society présente son premier spectacle. Mais on fait aussi du théâtre en français et cela depuis longtemps. Le premier journal francophone l’Ouest canadien fait référence à la fondation en 1898 d’un cercle dramatique sous la direction de Joseph Bilodeau, nommé nouveau directeur de la chorale de Saint-Joachim en 1899 et réélu en 1900.
L’historien Emile Tardif rapporte aussi la fondation, en 1902, d’un premier cercle dramatique à Saint-Albert. Le Docteur Arthur Giroux en est le directeur.
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