De 1888 à 1891
En 1891, l’honorable Sir John Joseph Caldwell Abbott remplace le très honorable Sir John A. Macdonald comme premier ministre du Canada. Il occupe le poste jusqu’en 1892 alors qu’il est remplacé par Sir John Sparrow David Thompson. Dans les Territoires du Nord-Ouest, M. Joseph Royal remplace M. Dewdney comme lieutenant-gouverneur.
La situation politique
La même année, la nouvelle assemblée législative des Territoires du Nord-Ouest est créée. Les territoires sont alors divisés en 19 districts électoraux qui envoient 22 députés à la chambre. Trois juges participent aux travaux de cette chambre en qualité d’experts en loi et cinq autres représentants, parmi lesquels M. W.-G. Haultain, sont constitués conseillers du gouverneur. Avec le nouveau système, la circonscription de Saint-Albert qui comporte une forte proportion de francophones est éliminée. Aucun représentant canadien-français de la région ne sera élu à l’assemblée législative des Territoires avant 1891.
La nouvelle Assemblée de 1888 possède les mêmes pouvoirs législatifs que le précédent conseil des territoires, ce qui ne répond pas aux attentes de tous. Le 29 octobre 1889, le conseil du gouverneur Royal, présidé par M. Haultain, donne sa démission. Une espèce de lutte s’ensuit entre le gouverneur qui suit la Constitution et l’assemblée qui manifeste son opposition au rôle subordonné auquel la condamne l’autorité centrale.
L’usage du français dans les territoires figure aussi parmi les griefs. D’Alton McCarthy présente au Parlement canadien une loi visant à abolir l’usage du français dans les Territoires du Nord-Ouest. On en arrive à un compromis qui est inscrit à l’article 110 dans l’Acte amendé des Territoires du Nord-Ouest de 1891. Suite à la prochaine élection, l’assemblée législative des Territoires pourra réglementer ses travaux de même que leur enregistrement et leur publication comme elle l’entend. Les règlements adoptés doivent être rendus publics par proclamation du lieutenant-gouverneur.
Cette même loi prévoit aussi que le nombre de sièges sera augmenté de 22 à 26. La circonscription de Saint-Albert figure parmi les nouvelles circonscriptions. À l’élection d’octobre 1891, Antonio Prince, un avocat bien connu d’Edmonton, est élu député de la nouvelle circonscription de Saint-Albert. Sa plate-forme électorale est la protection de la langue française et des écoles séparées.
Edmonton
Pendant la même époque, Edmonton connaît plusieurs événements marquants dans son développement. Le Edmonton Board of Trade est créé en 1889 et Edmonton reçoit l’électricité pour la première fois en 1891.
En 1891, le Canadian Pacific Railway bâtit un chemin de fer qui relie Edmonton à Calgary. Le chemin de fer s’arrête à Strathcona, une communauté séparée de 505 habitants. Les rails ne traverseront pas la Saskatchewan-Nord ce qui fera naître une certaine rivalité entre Edmonton et Strathcona. Pour traverser la rivière Saskatchewan et se rendre à Edmonton, il faut utiliser le traversier de John Walter.
L’Église
Avec l’arrivée du chemin de fer à Strathcona, le mouvement de colonisation du pays fait d’Edmonton l’emporium du Nord. De nouvelles vagues d’immigrants de toutes nationalités, cultures et religions arrivent à Edmonton. La communauté francophone et l’Église catholique sentent le besoin de faire des efforts importants dans le domaine de la colonisation de peur de se faire noyer dans la marée montante de gens qui ne s’identifient pas au fait français.
En avril 1891, le premier groupe de colons de l’abbé Morin, 56 personnes dont 39 adultes, arrive à Saint-Albert et est accueilli par les Oblats et les Soeurs grises. Ce premier groupe s’établit dans la région de Morinville. Le village sera nommé en l’honneur de son fondateur l’abbé Jean-Baptiste Morin.
Dans les années subséquentes, d’autres groupes s’installent dans les régions de Legal, Beaumont et Rivière-qui-Barre. En 1891 et en 1899, l’abbé Morin réussit à amener 620 familles (2 479 personnes) à Edmonton et dans les huit colonies françaises des environs.
Ces familles viennent de la France, de la Belgique, de la Suisse, du Québec, de l’Ontario, du Manitoba, de la Colombie-Britannique, des Territoires du Nord-Ouest, des états de la Nouvelle-Angleterre, et d’autres états américains.
L’église continue aussi son travail dans d’autres domaines. En 1891, le diocèse de Saint-Albert est divisé et donne naissance au vicariat de Prince-Albert. Le père Albert Pascal est à la tête de la nouvelle division ecclésiastique et nommé vicaire apostolique de Prince-Albert.
On récolte aussi le fruit du travail qui a été fait dans le passé. Ainsi, le 19 mars 1890, Mgr Grandin ordonne le premier prêtre né en Alberta, le père Edward Cunningham. De plus, le 6 juin 1889, le père Lestanc organise le premier pèlerinage au lac Sainte-Anne.
De plus en plus de communautés religieuses viennent prêter main forte aux Oblats. Originaires de Nicolet, les Soeurs de l’Assomption sont venues s’installer dans les missions indiennes. Parmi leurs premiers champs d’apostolat, il y a Saint-Paul-des-Métis, Saint-Vincent, Bonnyville, LaCorey, Mallaig, Therien, Saint-Edouard, Brosseau et à Edmonton, la paroisse Immaculée-Conception, l’Académie Assomption, la paroisse Saint-Joachim et la paroisse Sainte-Anne.
Le 30 janvier 1891, quatre Soeurs grises arrivent à Calgary. Elles sont venues à la demande de Mgr Grandin pour y fonder l’hôpital Holy Cross de Calgary. À Edmonton, douze religieuses de la congrégation les Fidèles compagnes de Jésus habitent Edmonton depuis 1888. Elles sont les premières institutrices de l’école séparée établie tout près de l’église Saint-Joachim.
L’éducation catholique à Edmonton
En octobre 1888, les catholiques d’Edmonton ont fait parvenir une pétition au conseil de l’éducation à Regina. On veut former le district scolaire catholique séparé No 7, celui de Saint-Joachim. La demande est accordée en 1889 ce qui marque le début de la première école sous la juridiction d’une commission d’école séparée. Georges Roy est élu premier président du Conseil scolaire, Luke Kelly, le premier trésorier et Antonio Prince, le premier secrétaire.
Saint-Albert
Saint-Albert aussi se développe rapidement pendant la période allant de 1888 à 1891 et les progrès se font sentir dans une grande variété de domaines. Par exemple, en 1889, le premier journal de Saint-Albert, le Saint Albert, North West Territories est né.
Dans le domaine de la vie commerciale on remarque, entre autres, la contribution de Gédéon et Xavier Bellisle qui construisent l’hôtel Astoria en 1890. Jos Couture dirige un magasin de liqueurs à Saint-Albert. M. Létourneau fonde une fromagerie en 1891.
Les services municipaux se développent aussi. En 1890, le gouvernement construit un nouveau
pont sur la rivière Esturgeon et en 1891, Baptiste Pépin trace le chemin qui ira de Saint-Albert au Lac-la-Biche. Saint-Albert a accès aux services de la police (N.W.M.P.) depuis 1888. La police montée va quitter Saint-Albert en 1896. Le village aura alors ses propres constables, Ouimet et Guertin. Le RCMP va s’occuper du village à compter de 1944.
Calgary
À Calgary, pendant cette période, on voit naître les premières manifestations et les premières revendications de la communauté francophone. Dans les premiers jours du mois de juin 1888, le père Leduc convoque tous les Canadiens français à la mission de Calgary. De cette réunion naît la Société Saint-Jean-Baptiste de Calgary. Le Dr E.H. Rouleau en est le président.
Le 12 février 1890, il y a une asemblée pour protester contre l’enseignement du français dans les écoles et contre l’emploi de cette langue dans les actes officiels du gouvernement du pays. En réponse à ces attaques, les Canadiens français de Calgary jugent bon de s’affirmer en célébrant la Saint-Jean-Baptiste avec un enthousiasme inconnu jusque-là.
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