De 1841 à 1867
Pendant la période allant de 1841 À 1867 , le Canada se transforme lentement en pays mais non sans heurts. Le refus continu de Londres d’accepter le principe de gouvernement responsable, les rébellions de 1837 et 1838, le rapport Durham et sa perception des francophones comme « race » inférieure, inculte et sans histoire, voilà autant de défis et de difficultés qui vont laisser des traces indélébiles sur l’avenir.
Sur la scène nationale
En 1848, à la demande des deux chambres du Parlement canadien sous Lafontaine, Londres abroge l’article 41 de l’Acte d’Union adopté en juillet 1840 et proclamé en février 1841. Cet article prescrivait l’anglais comme étant la seule langue du Parlement et des lois. Toutefois, on n’y substitue pas d’autre disposition concernant l’emploi des langues.
En 1849, suite à une loi sur l’indemnisation des victimes des rébellions de 1837-1838, une foule de protestataires prend d’assaut et incendie le Parlement alors établi à Montréal. En 1857, dix ans avant l’adoption de l’Acte de l’Amérique du Nord Britannique, c’est Ottawa, alors Bytown, qui est choisie par la reine Victoria comme capitale de la province du Canada.
A l’automne de 1864, deux conférences importantes ont lieu, la première à Charlottetown et la seconde à Québec. Les trente-trois participants s’entendent sur un certain nombre de principes à partir desquels le nouveau pays sera édifié. Les propositions retenues sont colligées dans le document « Les résolutions de Québec » et acheminées à Londres pour approbation. L’essentiel des « Résolutions de Québec » est accepté à Londres lors de la conférence de Westminster tenue en décembre 1866.
L’Acte de l’Amérique du Nord Britannique (AANB) obtient la sanction royale en mars 1867 et entre en vigueur le 1er juillet. Le Dominion du Canada, qui compte alors quatre provinces (l’Ontario, le Québec, la Nouvelle-Ecosse et le Nouveau-Brunswick) est dirigé par le gouvernement conservateur du très hon. John A. Macdonald.
Les articles 93 et 133 de l’AANB garantissent certains droits aux minorités anglophones et francophones. Par exemple, l’article 133 dispose que le français ou l’anglais peuvent être utilisés au cours des débats parlementaires, et que les registres et les procès-verbaux du Parlement canadien et de la législature du Québec doivent être tenus dans les deux langues. Leurs lois doivent également être publiées dans les deux langues. L’une ou l’autre langue pourra être utilisée devant tous les tribunaux du Canada et du Québec.
Dans les Territoires du Nord-Ouest
Pendant que les forces de l’autonomie canadienne prennent de plus en plus d’importance, l’Ouest débute une toute autre étape de développement. En plus des nombreux forts établis partout sur le territoire, on voit naître les premières églises et les premières écoles.
Quelles sont les plus grandes forces à l’oeuvre dans ce nouveau cheminement? Gouvernée en 1862 par M. Alexandre-G. Dallas qui a succédé au gouverneur Simpson, la Compagnie de la baie d’Hudson propage encore et toujours son influence. Mais c’est surtout le travail de l’Église catholique que nous voulons souligner dans cette étape allant de 1841 à 1867 car c’est cette présence qui est à la source même de bon nombre des premières communautés franco-albertaines.
En plus du travail des autres missionnaires tels les méthodistes, le révérend Robert Rundel arrivé au Fort Edmonton en 1840 et le révérend George MacDougall arrivé à Edmonton en 1863, le travail des abbés Thibault et Bourassa et celui de deux groupes de religieux catholiques se distinguent de façon particulière : les Soeurs grises de Montréal parce qu’elles sont le premier groupe de religieuses en terre albertaine et les Missionnaires Oblats de Marie-Immaculée dont le dévouement assure en grande partie le développement de l’Ouest.
Les Missionnaires Oblats de Marie-Immaculée sont arrivés au Canada en 1841 à la demande de Mgr Bourget, évêque de Montréal. Quatre ans plus tard, à la demande de Mgr Provencher de Saint-Boniface, Mgr de Mazenod de Marseille, le fondateur de la communauté oblate, accepte d’envoyer ses prêtres dans les missions de l’Ouest où les gens sont parmi les plus pauvres du monde, lui a dit Mgr Provencher.
Mgr Provencher est le premier évêque du nouveau vicariat apostolique de Saint-Boniface constitué avec juridiction distincte le 16 avril 1844 par une bulle du Souverain Pontife. Mgr Alexandre Taché deviendra le coadjuteur de Mgr Provencher en juin 1850 et évêque de Saint-Boniface suite au décès de Mgr Provencher en juin 1853.
En 1861, le vicariat de Saint-Boniface est divisé entre les vicariats de Saint-Boniface, de Saint-Albert, de la Saskatchewan et de l’Athabasca-MacKenzie érigé en avril 1862 sous la direction de Mgr Henri Faraud. Les limites sont à nouveau définies en 1868 alors que le vicariat de Saint-Albert prend de l’expansion et inclut le vicariat de la Saskatchwan.
Quatre Soeurs grises arrivent à Saint-Boniface le 21 juin 1844. Elles viennent du Bas-Canada. En 1859, après un voyage de 51 jours, trois religieuses viennent s’établir au lac Sainte-Anne. Ce sont les premières religieuses en sol albertain. En 1863, elles arrivent du lac Sainte-Anne avec vingt familles métisses qui s’installent le long de la rivière Esturgeon. Elles occupent une maison qui sera à la fois couvent, école, premier hôpital et premier orphelinat à l’ouest de la Rivière Rouge. En 1862, les Soeurs grises fondent le premier couvent au Lac-la-Biche.
En 1842, l’abbé Thibault arrive à Edmonton dans le but d’étudier l’opportunité d’ouvrir une mission catholique au fort Edmonton. De retour au fort au printemps de 1843, il fonde une mission au lac du Diable appelé plus tard lac Sainte-Anne, la plus ancienne mission catholique en Alberta. Il visite Cold Lake deux fois en 1844. Le 18 octobre 1844, Joseph Cardinal conduit l’abbé Thibault au Lac-la-Biche. En 1844, l’abbé Joseph Bourassa vient porter main-forte à l’abbé Thibault. Ils font de fréquentes visites au fort Edmonton. En 1852, l’abbé Thibault est déjà retourné à Saint-Boniface. L’abbé Bourassa le rejoint en 1853.
Le frère Alexandre Taché et l’abbé Louis Laflèche fondent une mission oblate à l’Ile-à-la-Crosse en 1846. En 1847, Taché fonde la mission du Fort Chipeweyan sur la rive ouest du lac Athabasca. Il est le premier oblat à pénétrer sur le territoire de PAlberta. En 1849, le père Henri Faraud se rend dans les districts de la Rivière-la-Paix, de l’Athabasca, du Mackenzie, du Yukon et dans la région de l’Alaska. De sa mission Nativité, établie près du fort Chipeweyan de la baie d’Hudson, il visite tout ce grand territoire. Il y reste seul jusqu’en 1853 alors que le père Henri Grollier le rejoint.
En 1852, le jeune séminariste Vital Grandin reçoit la visite de Mgr Taché âgé de 28 ans qui invite Grandin et deux de ses collègues, les pères Rémas et Vegreville, à venir travailler au Canada. Il arrive à Saint-Boniface le 14 août 1854 où il reste jusqu’au 6 juin 1855. Grandin se rend alors à la mission de la Nativité au lac Athabasca. Mgr Grandin oeuvre dans les missions du Mackenzie de 1855 à 1857. En 1857, Mgr Grandin est élu évêque de Satala et coadjuteur de Mgr Taché. En 1859, il est consacré évêque par Mgr de Mazenod à Marseille et il établit sa résidence à l’Ile-à-la Crosse. De 1861 à 1864, Mgr Grandin visite toutes les missions du Nord. Il se rend jusqu’au cercle arctique. Il fonde fort Providence et prépare l’organisation du futur vicariat de Athabasca-Mackenzie.
En 1853, le père Rémas fonde la mission du Lac-la-Biche. C’est la deuxième église en terre albertaine. En 1854, Mgr Taché visite la mission. L’année suivante, la mission est transportée à six milles du fort. Les pères Maisonneuve et Tissot érigent alors les nombreuses bâtisses nécessaires à un poste qu’on voudrait faire le grand entrepôt des missions du Nord. Ils ouvrent même en 1856 un chemin de charrettes au travers de l’épaisse forêt qui entoure le lac. Ce chemin est le premier travail du genre dans tout le Nord.
Edmonton
À Edmonton, le nouveau facteur du fort Edmonton est M. William Sinclair; il succède à John Rowand décédé au printemps de 1854. Il sera remplacé à son tour par William Christie en 1857.
En 1852, Albert Lacombe arrive au fort Edmonton avec Rowand. Après une courte visite au lac Sainte-Anne, il passe l’hiver de 1852-53 à Edmonton House où il apprend la langue crie. Au printemps, il quitte le fort pour la Mission du lac Sainte-Anne. En 1855, le père René Rémas, le fondateur de la mission du Lac-la-Biche, vient le rejoindre de façon permanente permettant ainsi à l’abbé Lacombe de terminer son noviciat oblat en septembre 1856.
Le fort Edmonton reçoit la première visite épiscopale de Mgr Alexandre Taché, en mars 1854. Le père Lacombe accompagne Mgr Taché à Edmonton pour la dédicace de la mission chapelle de Saint-Joachim. Ils décident du nom de Saint-Joachim pour la mission du fort. Or, il n’y a pas encore d’église comme telle. Cependant le facteur en chef du poste, John Rowand, a bien voulu donner au père Lacombe une petite demeure adjacente au chemin principal et située dans l’enceinte du fort. En décembre 1857, William Christie assure la construction de la première église catholique aux frais de l’honorable Compagnie de la baie d’Hudson.
En 1862, le père Lacombe inaugure à l’intérieur du fort d’Edmonton la première école à fonctionner sur une base régulière à l’ouest du Manitoba. Il réussit à obtenir les services du frère Constantin Scollen, natif d’Irlande. L’école ferme ses portes en 1868.
Saint-Albert
En janvier 1861, Mgr Taché et le père Lacombe se rencontrent sur une colline de la rivière Esturgeon. Mgr Taché recommande au père Lacombe d’établir une mission et de la nommer Saint-Albert d’après son saint patron. Au printemps de 1861, le père Lacombe part du lac Sainte-Anne pour se rendre à Saint-Albert. Il se met en frais de construire une cabane de bois équarri; ce sera sa résidence et sa chapelle à Saint-Albert. En 1863, il cède sa maison aux Soeurs grises. En octobre 1868, la cabane deviendra la première résidence de Mgr Grandin.
Ailleurs
En 1865, le père Lacombe, visite la région de Calgary. Il y revient en 1866 et en 1870. En 1865-66, la mission Saint-Paul-des-Cris est établie par le Père Lacombe à l’endroit actuel de Brosseau-Duvernay à la traverse de la Saskatchewan. La mission disparaît quatre ou cinq ans plus tard. La paroisse de Brosseau-Duvernay ne s’établit au même endroit que longtemps après.
En 1867, au moment de la naissance du Dominion du Canada, l’Alberta compte déjà plusieurs centres où il y a une présence francophone et catholique. C’est le début des grandes paroisses francophones qui vont se développer par la suite.
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